Effondrements d’immeubles, inondations et avenir d’Abidjan : le regard de Moncef Chaara
Architecte DPLG et directeur-fondateur de l’École Supérieure d’Architecture d’Abidjan (ESAA), Moncef Chaara livre son analyse sur plusieurs défis auxquels fait face Abidjan : sécurité des constructions, rôle de l’architecte, inondations, urbanisation et architecture de demain.
Construire exige des compétences et des contrôles
Lorsqu’un immeuble s’effondre, il faut d’abord interroger le respect des normes et les conditions dans lesquelles les travaux ont été réalisés.
La construction d’un immeuble nécessite des études sérieuses, une main-d’œuvre qualifiée et un contrôle rigoureux de l’exécution.
Tout commence notamment par l’étude du sol. Viennent ensuite les études de structures, la qualité du béton, le ferraillage et le contrôle des travaux.
Pour réduire les risques, il est indispensable de renforcer les études de sol, de faire vérifier les études de structures par un bureau de contrôle et de contrôler la qualité des matériaux et de l’exécution.
La sécurité d’un bâtiment se construit dès les premières études.
L’architecte ne doit pas être considéré comme un luxe
Certains propriétaires choisissent encore de construire sans architecte pour réduire leurs dépenses.
Mais la Côte d’Ivoire construit énormément et ses besoins continueront d’augmenter. Il est donc indispensable de former davantage d’architectes capables d’accompagner le développement du pays.
C’est notamment l’une des raisons qui ont conduit à la création de l’École Supérieure d’Architecture d’Abidjan.
Il faut également réfléchir à des solutions permettant de rendre les prestations architecturales plus accessibles, notamment pour les constructions économiques.
La qualité et la sécurité de nos villes en dépendent.
Former des architectes capables de comprendre leur territoire
La formation en architecture doit répondre aux standards contemporains tout en prenant en compte les réalités de notre région, notre climat, notre culture et notre histoire.
Notre architecture doit appartenir à son époque.
L’enjeu n’est pas d’opposer modernité et identité africaine, mais de concevoir une architecture contemporaine capable de répondre intelligemment à notre environnement et à nos usages.
Les nouvelles technologies, le BIM et l’intelligence artificielle constituent des outils importants. Mais ils ne doivent pas faire oublier l’essentiel : l’architecture reste profondément liée à l’être humain, à ses usages et à sa manière de vivre.
Pourquoi Abidjan est-elle autant confrontée aux inondations ?
La Côte d’Ivoire a toujours connu de fortes pluies. Ce qui a profondément changé, ce sont nos villes.
Avec l’urbanisation, une proportion croissante des sols est occupée par des bâtiments, des routes et des surfaces imperméables. L’eau ne peut plus s’infiltrer comme auparavant et les risques d’inondation augmentent.
La réponse doit être pensée à l’échelle de la ville : études des bassins versants, meilleure orientation des eaux pluviales vers les exutoires naturels et réseaux d’évacuation adaptés à la ville contemporaine.
La végétation doit également retrouver une véritable place dans l’aménagement urbain. Parcs, jardins et arbres participent au confort et à la qualité de vie.
Construire la ville de demain
Les besoins en logements en Côte d’Ivoire sont considérables. Pour y répondre durablement, il faudra moderniser et progressivement industrialiser le secteur de la construction, tout en maintenant une coordination claire entre architectes, ingénieurs, entreprises, promoteurs et pouvoirs publics.
L’architecture ivoirienne de demain se dessine déjà.
Façades mieux protégées du soleil, brise-soleil, végétation, matériaux adaptés et conception tenant compte du climat doivent permettre de construire des bâtiments contemporains, confortables et performants.
À l’ESAA, cette réflexion commence dès la formation.
Former un architecte, ce n’est pas seulement lui apprendre à dessiner un bâtiment. C’est lui apprendre à comprendre son environnement, les besoins de ceux qui vont l’habiter et les transformations de la ville dans laquelle il intervient.
Moncef Chaara
Architecte DPLG – Directeur-fondateur de l’École Supérieure d’Architecture d’Abidjan (ESAA)
Texte adapté à partir d’un entretien accordé à Linfodrome.